Le volume est une partie intégrante
de l'expérience Mogwai. Les chansons de la formation post-rock écossaise ont été
conçues pour être jouer vraiment fort, et c'est exactement ce que s'est empressé de
faire le groupe ce lundi au Spectrum. En débutant le concert sur l'excellente Hunted
By A Freak tirée de l'album Happy Songs For Happy People, Mogwai affirmait
haut et fort en guise d'entrée en matière que la soirée allait être mémorable. Chose
promise, chose faite. Dans une atmosphère de respect total, les Écossais ont livré à
une foule réceptive et appréciative une performance solide de bord en bord ainsi que
quelques moments d'une intensité tout simplement bouleversante.
Telle une solide progression post-rock, la performance du groupe aura pris la forme d'un
imposant crescendo. Suite aux vocodeurs spectraux et à la mélodie planante d'Hunted
By A Freak, le groupe s'est permis d'interpréter quelques pièces plus douces de son
plus récent album, l'excellent Mr. Beast, ainsi qu'un autre morceau de choix du
sous-estimé Happy Songs soit le riche paysage sonore I Know You Are But What Am
I?. Malgré quelques problèmes mineurs, surtout lorsque s'ajoutait à l'ensemble des
guitares une voix humaine non-modifiée, ces pièces nous frappaient tant par leur beauté
que par leur simplicité. Mais on préfère notre Mogwai fulminant et, à partir de la
déchaînée We're No Here, c'est exactement ce qu'a asséné le groupe à la foule
qui n'en demandait pas tant mais l'espérait vivement.
De toute évidence, le groupe a pris un immense plaisir à interpréter ce nouveau morceau
d'une force brute remarquable. Les meilleurs moments de Mr. Beast sont justement
ceux où Mogwai se déchaîne. Oubliez le terme post-rock. Sur We're No Here,
Mogwai donne dans le rock pur laine ascendant métal. Après cette glorieuse nouvelle
venue de son répertoire, la formation y est allé de quelques valeurs sûres datant des
années 90. Les classiques Summer et Ithica 27-9 se sont succédés coup sur
coup, mais le meilleur restait encore à venir. Avec sa slide guitar vibrante et et ses
claviers saturés d'émotions, la pièce Stanley Kubrick souligne l'influence du
vieux Pink Floyd sur le son de Mogwai. Le calme avant la tempête s'est poursuivit avec
l'introduction de la fulgurante Christmas Steps.
Sans doute la meilleure pièce du second album du groupe Come On Die Young,
celle-ci exhibe de manière formidable la véritables force de la bête Mogwai.
L'interaction entre les guitares y est tout bonnement superbe, chose que le son calibré
au peigne fin soulignait vivement. Jamais les guitares rageuses de distorsion ne venaient
envahir le territoire des guitares clean. Ce fut l'extase lorsqu'une troisième six cordes
aux textures enivrantes se mit à hurler pour percer le glorieux tumulte. La version
enregistrée de cette pièce ne rend aucunement justice à la majesté qu'elle évoque en
concert.
Après une solide livraison de New Paths to Helicon (Pt.1), la formation s'attaque
de front à l'intense Glasgow Mega-Snake sans manquer ne serait-ce qu'une seule
note de la version studio. Vague déferlante d'énergie parfaitement canalisée, ce
monolithe compact de distorsion sauvage vise directement la jugulaire du spectateur avant
de couper net. Sans aucune hésitation, le silence éclate. Le groupe disparaît. Il
faudra un gros morceau en rappel pour surpasser une telle finale.
C'est exactement ce qu'avait en réserve le groupe. Après un remerciement poli, en
français s'il-vous-plaît, une mélodie ancestrale et mystique se met à planer dans un
Spectrum déjà ravi. Sans l'ombre d'un doute le clou d'une soirée déjà fort remplie, My
Father, My King s'impose comme la pièce maîtresse du répertoire de Mogwai. C'est
une véritable montagne russe avec laquelle le groupe s'est imposé une bonne fois pour
toute. Inspiré d'une vieille prière juive, ce gigantesque morceau d'une vingtaine de
minutes est une expérience à vivre ne serait-ce qu'une fois dans sa vie. Tout était à
la bonne place. Chaque son nous emportait ailleurs. Le groove à la fois menaçant et
hypnotisant était ponctué de ces fameux hurlements infernaux dont parle Maxime Monast
dans son analyse en détail de la pièce.
Bien sûr, on pourrait critiquer la décision du groupe de ne pas piger outre mesure dans
ses classiques de l'époque de Young Team. Nous aurions tous apprécié
l'apparition déstabilisante de Like Herod ou même l'irruption de la volcanique Mogwai
Fear Satan. Mais toute bonne chose a une fin. Mogwai a triomphé ce lundi au Spectrum,
rendant insignifiante toute discussion théorique sur la pertinence du post-rock. Il ne
restait plus qu'une musique glorieuse et envoûtante pour nous remplir les oreilles de
bonheur. Un honnête groupe de métal du nom de Torche servait d'amuse-gueule. Mais nous
étions tous là pour voir Mogwai, qui nous a livré la marchandise avec un aplomb
spectaculaire.Alexandre Fontaine Rousseau, 19 Mai 2006
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