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| THE SILVER MOUNT
ZION... + ERIC CHENAUX |
| Le National // 5
Septembre 2006 |
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Il demeure encore aujourd'hui
impossible de définir de manière définitive l'essence de ce que l'on appelle post-rock.
Certains puristes l'associent à une suite de critères esthétiques précis: nature
purement instrumentale, emploi récurrent du trem-picking, structure rythmique
d'inspiration militaire, progression en crescendo, etc. D'autres le définissent à sa
charge politique implicite. À Chicago, il s'est manifesté sous les traits d'un
descendant marqué par le minimalisme du jazz-fusion et du rock progressif. Ses
porte-étendards les plus célèbres viennent sans distinction de Montréal, du Japon ou
de l'Écosse. Cette vaste classification peut aisément englober tant le post-folk que
produit Dirty Three que le post-shoegaze dont se réclament certains disciples de
Slowdive. Depuis quelques années, on parle même de la naissance d'une scène dite
post-électronique sous prétexte que les techniques de production associées au studio
moderne ont sérieusement altérés la donne. En bout de ligne, ce lexique surchargé de
terminologies obscures et d'appellations contrôlées trop précises nous déconcentre de
l'objectif premier de toute cette belle musique. Post- peu importe, tant que mes oreilles
sont satisfaites!
Si l'on se fie aux dogmes fondateurs du post-rock, la musique que fait Silver Mount Zion
ne serait pas du post-rock car la voix y joue un rôle prépondérant. Mais qu'est-ce
qu'on se fout de la théorie lorsque l'on assiste à une performance telle que celle
qu'ont livrés Efrim Menuck et ses troupes au National, juste à temps pour les
balbutiements de la saison automnale. Ne perdant pas une seconde avant de nous estomaquer,
le groupe montréalais a débuté sa prestation sur l'incroyable God Bless Our Dead
Marines tirée de l'album Horses In The Sky. Humbles et décontractés, les
membres de la formation discutaient avec la foule comme s'ils avaient affaire à quelques
vieux amis s'étant rassemblés pour les voir jouer dans un quelconque local de pratique.
Sur scène, on s'échangeait quelques blagues sympathiques sur les Américains sur un ton
détendu. Lorsqu'un quelconque illuminé s'est mis à déblatérer sur l'apathie
collective et l'atrophie des masses, Efrim a joué le jeu avec aisance tout en ramenant la
conversation sur le territoire de l'humour. Cet être humain chaleureux était bien loin
du vieux corbeau grincheux, prophète de malheur à ses heures, que certains s'amusent à
dépeindre.
L'atmosphère relaxe qui planait ce soir-là au National n'enlevait rien à la gravité
des lourdes symphonies post-rock que livrent avec brio les musiciens formant le Silver
Mount Zion Memorial Orchestra. Les cordes vibraient à l'unisson et les voix faussaient en
choeur pour former de troublantes harmonies. Les paysages dépeints par cette musique
étaient à l'image de certains des titres les plus évocateurs du répertoire du groupe, Mountains
Made of Steam ou Ring Them Bells (Freedom Has Come and Gone), tour à tour
désolés ou révoltés. Dans cet univers de charbon et d'acier, les voix de l'orchestre
s'élevaient triomphalement pour zébrer le ciel morose du monde moderne d'éclairs
aveuglants d'humanité. Certains ont critiqué la place qu'occupe la voix - et en
particulier celle, cassante et trouble, d'Efrim - dans les compositions du groupe.
Pourtant, c'est cet élément qui distingue ce projet des autres formations dites
post-rock.
Cette dynamique de chorale - avec tout ce qu'elle sous-entend de communautaire et de
spirituel - façonne l'expérience viscérale que propose en concert le Silver Mount Zion
Memorial Orchestra. Ici, l'esthétique et l'idéologie ne font qu'un et, tout en étant
fondamentalement personnelle, la réflexion que propose la musique pousse au rassemblement
et à l'union. La musique ne changera pas le monde, mais elle peut faire évoluer les
gens. Pour évoquer Godard qui, lui, se prononçait sur le cinéma: Que veut la musique?
Tout. Que fait la musique? Rien. Que peut la musique? Quelque chose.
Avec leur prestation généreuse, Efrim et les siens se sont à tout le moins approché de
ce quelque chose. Il faudrait aussi souligner la performance d'Eric Chenaux qui aura
précédé l'apparition sur scène d'ASMZ. Le guitariste torontois valsait avec
l'inspiration sous nos yeux pour tenter de construire un folk anarchique et authentique à
la fois. Post-folk, peut-être. Post- peu importe, sans contredit.
- Alexandre Fontaine Rousseau, 2 Octobre 2006 |
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