 |
 |
| TOP 30 // 2007 :
ALBUMS |
|
30
: ILIKETRAINS
: Elegies to Lessons Learnt
: Beggars Banquet
La première carte de visite de la formation britannique iLiKETRAiNS (Progress
Reform, parue en 2006) installa progressivement le groupe comme le chainon manquant
entre la froideur clinique des compositions dInterpol et les envolées lyriques
dExplosions in the Sky. La bande à David Martin revint en très grande forme cette
année avec un véritable premier long-jeu beaucoup mieux construit, et surtout mieux
produit. Plus sinistre et inquiétant, cest à une véritable trame sonore de fin du
monde que nous convie cette fois-ci la formation britannique grâce à ses compositions
musclées à forte teneur dramatique. De quoi rendre encore plus prenants les textes du
chanteur David Martin, qui affichent un intérêt toujours aussi marqué pour les sujets
historiques et politiques les moins reluisants, que ce dernier laisse planer dans notre
esprit dune voix grave faisant directement écho à celle des Ian Curtis et Nick
Cave de ce monde. (JFV)
:: chanson-clé : twenty five sins |

|
29
: CARIBOU
: Andorra
: Merge
2007 fut une année des plus riches sur la scène rock mondiale, et pour l'un de
ses membres les plus singuliers, il n'était pas question de se tenir loin des
festivités. S'il ne s'agit pas nécessairement de son meilleur album en carrière, Andorra
voit le Manitobain Dan Snaith revenir sur les territoires psychédéliques du
formidable Up In Flames et lui injecter un peu de discipline. En effet, plus qu'un
simple pastiche de pop ensoleillée à la sauce sixties, il s'agit d'un sincère exercice
de composition dont les élans les plus inspirés encouragent une forte réponse.
D'orientation plus vocale que ses prédécesseurs, Andorra dérive à l'occasion
sans direction précise mais voit son auteur-chef d'orchestre coucher plusieurs mélodies
amples et remarquables (Sandy, Eli...), synthétisant les meilleurs
éléments de son style. De même, son retour à une électro plus traditionnelle, en
clôture, dénote une certaine volonté de renouvellement, de relance dans une
discographie pop accumulant les bons coups. Suggéré. (LF)
:: chanson-clé : sandy |

|
28
: IRON & WINE
: The Shepherd's Dog
: Sub Pop
Sam Bean, muni dune barbe absolument ridicule et dune guitare, nous
offre la progression logique du supermaxi Women King avec ce nouvel opus. Derrière
son faciès poilu se cache une voix douce, d'une humilité époustouflante. Construit
dune façon simpliste, The Shepherds Dog est dun atout de taille
pour les soirées de tranquillité. (MM)
:: chanson-clé : wolves (song of the
shepherd's dog) |

|
27
: QUEENS OF THE STONE AGE
: Era Vulgaris
: Interscope
Après un détour vers les sineux méandres d'un psychédélisme gothique avec Lullabies
to Paralyze, Josh Homme et ses éphémères collaborateurs sont de retour avec un rock
direct et bien envoyé. Le guitariste garde intact le noyau formé avec Troy Van Leeuwen
et Joey Castillo, ce qui résulte en un album calculé à la seconde près. Rien n'est
laissé au hasard dans cette véritable machine qu'est Era Vulgaris, dont le
ménanisme performe avec la précision de l'horloge suisse. Comme dans toute autre
machine, le mécanisme n'est pas responsable de l'aspect créatif. Il faut l'avouer: Josh
Homme ne signe pas ses plus grandes compositions. Mais des bijoux comme Turnin' On the
Screw ou 3's & 7's trouvent admirablement leur place dans ce tumulte
industriel qu'est Era Vulgaris. En quelque part entre Nine Inch Nails, le stoner et
le rock classique, Queens of the Stone Age touche encore une fois la cible. (JFC)
:: chanson-clé : make it wit chu |

|
26
: EXPLODING STAR ORCHESTRA
: We Are All From Somewhere Else
: Thrill Jockey
Si la scène musicale s'est atomisée au cours des dernières années en une
multitude de néfastes sous-catégories sectaires, l'Exploding Star Orchestra semble
s'être donné la mission de recoller les morceaux - du moins à l'échelle de Chicago.
Alliance entre musiciens issus des mondes du post-rock et du jazz, le « super-groupe
» dirigé par Rob Mazurek proposait avec son premier album We Are All From
Somewhere Else une fascinante fusion entre ces genres marquée par les influences
combinées de la musique moderne sérielle et de l'électronique atmosphérique. Souvent
épiques, les pièces du collectif trouvent leur équilibre entre l'improvisation et la
composition, entre la liberté individuelle et le souffle collectif. En résulte un album
jazz à la fois créatif et accessible, inventif sans être insulaire. (AFR)
:: chanson-clé : sting ray and the
beginning of time (part 1) |

|
|
25
: THE SEA AND CAKE
: Everybody
: Thrill Jockey
The Sea & Cake nous revenait en 2007 pour livrer un autre album de mélodies
accrocheuses et de compositions aux rythmes impressionnants. Sam Prekop possède toujours
ce même ton de voix délicat - au point où ça en est presque drôle - mais il semble
qu'il soit le seul à savoir bien s'en servir. Connaissez-vous un album qui sente plus
lété que celui-ci? (MM)
:: chanson-clé : exact to me |

|
24
: LIARS
: Liars
: Mute
On a dit sur toutes les tribunes que ce Liars, quatrième album des Liars,
constituait une sorte de retour au rock, à la racine, mais il se peut bien que cette
annonce ne s'avère pas très juste ; plutôt que de se camper dans un style et de s'y
complaire, le groupe choisit ici le changement pour seule constante et se réinvente de
chanson en chanson. Plus que jamais, le trio new-yorkais brouille les pistes, continue de
commettre les pires crimes à l'égard du tympan humain, mais, autant qu'il ne le faisait
sur l'exceptionnel Drum's Not Dead, trace un itinéraire unique et infiniment
stimulant pour les neurones. Le groupe brasse la cage sans détours sur Freak Out
et Plaster Casts of Everything, puis surpasse l'ensemble de son oeuvre, en simples
termes d'invention mélodique, avec les renversantes Protection et Sailing to
Byzantium. On peut déclarer sans hésiter que nous avons affaire à une nouvelle
étape essentielle d'un parcours qui n'a pas fini de nous intriguer. (LF)
:: chanson-clé : sailing to byzantium |

|
23
: THE FIERY FURNACES
: Widow City
: Thrill Jockey
Inébranlables résidents des rétrospectives de fin d'année de Funkimusik, les
Fiery Furnaces n'ont pas malgré leur hallucinante productivité la fâcheuse habitude de
se répéter. L'excellent Widow City confirme une fois de plus cette absence de
tendance, les frangins Friedberger livrant un éclectique collage de pop baroque et de
rock progressif: le riff écrasant de l'incroyable Navy Nurse aura laissé pantois
bien des mélomanes généralement peu enclins aux frasques folles du duo, tandis que la
jolie My Egyptian Grammar se faisait l'écho de compositions passées telles que Waiting
To Know You. Si Widow City rappelle son prédécesseur Bitter Tea, c'est
que l'univers unique des Fiery Furnaces nous est aujourd'hui familier: les subites
ruptures de ton, les textes-fleuve éclatés d'Eleanor, le goût marqué pour les
sonorités « cocasses ». Mais bien que l'effet de surprise soit passé, le groupe
demeure une bête fascinante: ses constantes mutations sont au service de l'une des
identités musicales les plus charmantes et originales du paysage indie actuel. (AFR)
:: chanson-clé : navy nurse |

|
22
: ANIMAL COLLECTIVE
: Strawberry Jam
: Domino
Cette année, les quatre musiciens d'Animal Collective nous ont montré une bonne
fois pour toutes, comme s'ils avaient encore besoin de se le prouver, qu'ils savaient
pousser de la foutue bonne chanson, et ce sans pour autant compromettre leur impérissable
éthique expérimentale. En guise de support au doublé monumental composé de Fireworks
et For Reverend Green, les pièces de Strawberry Jam passent d'un degré
quasiment incompréhensible d'excellence et de rigueur (Chores) à un manque
flagrant de maturité (Cuckoo Cuckoo), mais il se dégage de l'ensemble un air
d'invention et de créativité fidèle aux standards du groupe. Les trouvailles de Deacon
à la guitare sont toujours aussi rafraîchissantes, les prestations vocales voient Avey
Tare se surpasser en matière d'expressivité, et la même énergie frénétique donne son
ambiance de fête au meilleur matériel de cet album qui, à défaut d'être parfait,
maintient la bande parmi les artistes importants de la pop actuelle. (LF)
:: chanson-clé : fireworks |

|
21
: PANDA BEAR
: Person Pitch
: Paw Tracks
Fidèle à tout ce qui tourne autour de son projet de groupe, le percussionniste
d'Animal Collective a fait de son deuxième album solo une affaire de passion. Suite aux
déchirements dépouillés de Young Prayer, Noah Lennox nous est revenu avec un
ensemble dense et foisonnant de bonnes idées. Mais au-delà des harmonies vocales
célestes et des chaleureuses mélodies pop, ce qui nous surprend les plus de Person
Pitch, c'est qu'il s'agisse d'un authentique essai d'électronique expérimental. Avec
la froideur clinique d'un artiste house, Panda fonde sa musique enchantée sur la
modulation de boucles, mais son assemblage spirituel d'éléments hétéroclites, qu'il
s'agisse de bruits d'animaux ou d'envolées de tablas, donne à la chose toute sa
fraîcheur et son excentricité. Opus moderne par excellence, Person Pitch respire
et prend des virages inattendus, s'incruste dans l'esprit de l'auditeur, et possède
finalement tous les attributs d'un incontournable. (LF)
:: chanson-clé : bros |

|
20
: NEUROSIS
: Given to the Rising
: Neurot
Ne nous le cachons pas : tout ce qui se fait d'intéressant dans le métal actuel
doit une fière chandelle aux vieux routiers de Neurosis. La formation californienne a
grandement contribué à métamorphoser la musique métal pour la faire passer au 21e
siècle avec grand succès. Mais de toute évidence, les pionniers ne sont pas prêts à
s'asseoir sur leurs lauriers. Avec Given to the Rising, ils continuent de mettre la
barre haute pour la relève en redéfinissant la terreur en matière de son. Ponctué de
longs passages fiables comme l'eau qui dort menant vers de véritables déferlantes
enragées, Given to the Rising ne laisse aucune chance. Les chuchotements et les
subtiles guitares atmosphériques frayent dangereusement avec les hurlements et les riffs
en béton armé. Les oreilles averties sauront apprécier ce petit bout d'apocalypse tout
frais sorti des fours infects de Lucifer. (JFC)
:: chanson-clé : given to the rising |

|
19
: ELLIOTT SMITH
: New Moon
: Kill Rock Stars
Après plusieurs mois, il demeure toujours difficile d'en croire ses oreilles à
l'écoute de New Moon, d'Elliott Smith. L'oeuvre du folkie le plus rock de l'Ouest
atteignait déjà des proportions mythiques avant même la sortie de cette colossale
compilation en deux disques de chansons inédites. New Moon contient en effet pas
moins de 24 chansons enregistrées entre 1994 et 1997, période faste pour Smith. Ces
somptueux rejets de l'album éponyme de Smith et de Either/Or trouvent rapidement
leur place dans nos mémoires étant donné la rare qualité des compositions.
Décidemment, Elliott Smith conservait au moins deux autres albums remarquables au fond de
ses tiroirs. On ne peut que s'étonner devant tant de talent. Il n'y a nul doute que
l'histoire se souviendra d'Elliott Smith comme l'un des grands de sa génération. (JFC)
:: chanson-clé : going nowhere |

|
18
: THE GOOD, THE BAD & THE QUEEN
: The Good, The Bad & The Queen
: Parlophone
Lexcellent vidéoclip réalisé pour la
chanson Kingdom of Doom du « super-groupe » The Good, the Bad &
the Queen résume en soi parfaitement le sentiment se dégageant du tout dernier projet de
linfatigable Damon Albarn. On y aperçoit lancien leader de Blur et de
Gorillaz en train de préparer un petit déjeuner typiquement anglais par un matin plutôt
nuageux en compagnie de ses collègues Paul Simonon (The Clash), Simon Tong (The Verve) et
Tony Allen (Fela Kuti). Si lalbum véhicule sensiblement le même pessimisme, tout
en se montrant particulièrement rassembleur, que sous-entendaient déjà certaines
pièces de lexcellent Demon Days, les compositons dAlbarn savèrent
cette fois-ci beaucoup plus chaleureuses et ressemblent davantage à un effort de groupe
derrière lequel se cachent de véritables instruments. Un ensemble plus substantiel et
homogène dans lequel les effets électroniques et la réalisation plus nuancée du
producteur Danger Mouse se fondent étonnamment à merveille. Probablement lalbum
pop qui passa le plus inaperçu au cours de la dernière année, mais qui mérite
définitivement quon lui porte attention. Vous ne serez pas déçus! (JFV)
:: chanson-clé : history song |

|
17
: NAVET CONFIT
: LP2
: La Confiserie
À peine un an après son LP1, le prolifique Jean-Philippe Fréchette
récidivait avec un nouvel album - double! - distribué par sa propre étiquette La
Confiserie. Ayant enfin les moyens de ses ambitions, le Navet Confit signe avec LP2
un disque vaste confirmant tant ses talents d'auteur-compositeur que son goût prononcé
pour les bric-à-brac sonores expérimentaux en tous genres. Truffé de brumeuses
métaphores cinématographiques et de murmures mélodiques rêveurs et mélancoliques, ce
long-jeu deux compte bien quelques chansons pop franchement accrocheuses parmi ses
vingt-quatre pistes dont Aspirines, la très typique La poste, l'hommage new
wave Samsam, l'excellente Piscine = Piste de danse ou encore l'adolescente
et jouissive Grunge. Néanmoins, c'est le psychédélisme estompé et l'atmosphère
feutrée de l'ensemble qui nous marquent longtemps après que ce soit terminé l'album:
juste assez halluciné, flou comme l'est un songe éveillé, LP2 demeure pourtant
le fruit parfaitement cohérent d'une culture musicale riche et éclectique. De
somptueuses réalisations telles que Tu regardes toujours le générique jusqu'à la
fin ou Par la fenêtre confirment la croissance rapide du Navet par leurs
arrangements raffinés, et sustentent à long-terme l'amateur d'indie éthéré servi à
la sauce shoegaze. Alliant sans cesse gravité et naïveté, LP2 nous en offre
peut-être un peu trop à nous mettre sous la dent pour être consommé en un seul repas.
Mais, en plein coeur d'une année de vache maigre pour la scène francophone, il faudrait
être fou pour s'en plaindre. (AFR)
:: chanson-clé : piscine = piste de danse |

|
16
: DINOSAUR JR.
: Beyond
: Play It Again Sam
La palme d'or de la résurrection rock la plus inattendue de l'année va sans
contredit à Dinosaur Jr., dont les conflits intestinaux sont aussi légendaires que les
grands albums de la fin des années 80. Avec le retour du bassiste Lou Barlow, c'est
l'esprit même du groupe qui semble vouloir renaître de ses cendres; Beyond est
l'un des albums rock les plus lourds et assurés de 2007, sa pertinence s'étendant bien
au-delà de l'insalubre nostalgie grunge qu'il éveille inévitablement. Chaque riff est
coulé dans le béton armé, renforcé au titane et livré dans un emballage de distorsion
percutant: It's Me frappe l'auditeur de plein fouet, Crumble et Been
There All The Time feignent la légèreté pour mieux l'assommer, Pick Me Up
s'étire avec la majesté décadente d'un classique du rock oublié, tandis qu'Almost
Ready emballe l'énergie du trio dans un beau petit paquet pop. Pourtant, c'est la
très belle composition de Barlow Back To Your Heart qui résume le mieux
l'atmosphère de Beyond: l'amertume d'éponger le passé mêlée au simple plaisir
de jouer ensemble, pour la première fois depuis des années. Ces onze chansons confirment
la raison d'être de cette improbable réunion. (AFR)
:: chanson-clé : back to your heart |

|
15
: THURSTON MOORE
: Trees Outside the Academy
: Ecstatic Peace
Ayant délaissé les grattes-ciel de New York pour se réfugier dans les denses
forêts du Massachusetts, Thurston Moore livre avec Trees Outside the Academy son
« album rural ». Sur cette suite logique du Psychic Hearts de 1995, le vétéran
de la scène alternative délaisse ainsi son habituelle quincaillerie électrique au
profit de guitares acoustiques et de quelques jolies mélodies folk. Le tout rappelle bel
et bien Sonic Youth, mais le gracieux violon et les harmonies vocales chaleureuses de
Samara Lubelski confèrent à l'ensemble un charme paisible que confirment les
compositions dissonantes mais détendues de Moore. Confiant sans être paresseux, l'album
ne surprend guère mais séduit par sa sombre quiétude que ponctue de quelques solos
endiablés le Dinosaur Jr. en chef, J. Macsis. (AFR)
:: chanson-clé : frozen gtr |

|
14
: ANTIBALAS
: Security
: Anti-
Il est de ces disques parvenant à faire oublier à l'auditeur plus ou moins averti
sa connaissance pour ainsi dire limitée du genre auxquels ils appartiennent. C'est le cas
de Security et de son effet sur celui qui ne songerait pas une seconde à se
qualifier d'érudit du jazz. Il serait facile d'affirmer, en n'allant pas chercher plus
loin que la percutante Beaten Metal, que l'impact du plus récent album d'Antibalas
est direct et viscéral, mais les choses vont bien plus loin. Qualifier Security de
« varié » (du moins pour un album d'afrobeat) relève presque de l'euphémisme. Le
collectif nous catapulte au beau milieu de ce qui pourrait bien être un party de
guerilleros sur Filibuster X, ralentit la cadence et gagne en profondeur, puis
reprend vigueur et légèreté avant de plonger, au beau milieu de I.C.E., dans un
abysse de mystifiante émotion. Le résultat s'avère un périple inlassablement
fascinant, une incursion aventureuse dans des eaux obscures devenant subitement
familières. Hautement recommandé. (LF)
:: chanson-clé : beaten metal |

|
13
: WILCO
: Sky Blue Sky
: Nonesuch/Warner Bros.
Avec Sky Blue Sky, Wilco succombait enfin à la tentation d'enregistrer le
disque de soft-rock au classicisme appliqué qui sommeillait derrière les
expérimentations sonores de Yankee Hotel Foxtrot et de A Ghost Is Born. Le
résultat final n'a pas du tout fait l'unanimité, certains critiques accusant le groupe
d'avoir sombré une bonne fois pour toute dans le registre ronflant du rock de mononc'.
Mais Jeff Tweedy, qui n'aspirait qu'à « chanter de bonnes chansons », n'a pas à
craindre ce genre d'attaques: une fois de plus, son groupe accouche d'un album
formidablement ficelé tant au niveau de l'écriture que de l'interprétation. Sensibles
et intimistes, les douze chansons de Sky Blue Sky - de la pop léchée d'Impossible
Germany à la splendide ballade acoustique Please Be Patient With Me -
commandent l'écoute compulsive. Les mélodies sont mémorables, les solos de Nels Cline
tour à tour héroïques ou nuancés, et l'appui rythmique de Glenn Kotche déjoue
constamment les conventions. Sans réitérer l'exploit de Yankee Hotel Foxtrot, la
formation de Chicago signe un disque franc et touchant qui, à défaut d'être cool,
semble déjà à l'abri des modes: Sky Blue Sky est le fidèle compagnon de tous
les matins paresseux de 2007. (AFR)
:: chanson-clé : you are my face |

|
12
: PJ HARVEY
: White Chalk
: Island
Avec White Chalk, Polly Jean Harvey quitte
la ville et renoue avec la campagne anglaise qui la vue grandir. Un retour aux
sources quelle ne pouvait visiblement effectuer quen abandonnant en chemin sa
bonne vieille guitare pour finir par se réfugier derrière les notes dun piano
poussiéreux. PJ Harvey concocta ainsi un album aux inspirations beaucoup plus
traditionnelles quelle livra également sur un ton plus réservé, et surtout
immensément personnel, de par sa voix particulièrement puissante, mais aussi
extrêmement fragile. Cet ensemble de pièces à la fois délicates et torturées
savère aussi beaucoup plus épuré musicalement alors que les moindres notes de
linquiétante Grow Grow Grow et de la paisible When Under Ether,
pour ne nommer que ceux-là, nous prennent littéralement aux tripes. En laissant de
côté son penchant plus rebelle, PJ Harvey accoucha dun disque absolument
magnifique sur lequel elle naura pourtant jamais paru plus désarmée, mais
également plus sage et lucide, faisant de White Chalk un compagnon de premier
ordre pour les périodes les plus sombres et les longs moments de solitude. (JFV)
:: chanson-clé : white chalk |

|
11
: HANDSOME FURS
: Plague Park
: Sub Pop
En attendant le deuxième Wolf Parade, ce ne sont pas les projets personnels qui
manquent. Le guitariste Dan Boeckner y est allé du sien avec Handsome Furs, en compagnie
de sa fiancée Alexei Perry. Mais il ne faut pas se méprendre : bien avant d'être un
passe-temps, Plague Park s'avère un album grandiose de la part d'un
auteur-compositeur en plein essor. Loin des fantasmes progressifs de son collègue Spencer
Krug, Boeckner livre ici des chansons minimalistes, décharnées, osseuses, mais
essentielles. Austères et nocturnes, les pièces composant Plague Park défilent
comme d'hostiles paysages urbains. Boeckner les décrit de sa voix fantômatique, du point
de vue du passager d'un ultime taxi traversant le désert bourdonnant des néons et des
lignes électriques. Sceptique face à la modernité mais découragé par l'immobilisme,
Boeckner est pris entre deux feux sans toutefois abandonner. Loin du pessimisme résigné,
Plague Park est l'oeuvre d'un grand romantique condamné mais certainement pas
vaincu. (JFC)
:: chanson-clé : handsome furs hate the
city |

|
10
: BURIAL
: Untrue
: Hyperdub
Elle nous attend toujours dans le détour. Elle complote sombrement dans
l'idée de faire basculer notre équilibre vital et nos plus profondes certitudes. Elle se
nomme... la surprise de fin d'année. Il faut dire qu'après un succès critique
retentissant, plusieurs attendaient de pied ferme le retour de celui qui, l'année
dernière, épatait la gallerie de ses rythmes secs et de ses atmosphères nocturnes. Pour
les autres, ce fut l'occasion (et le plaisir) de découvrir cette électronique
mystérieuse redonnant ses lettres de noblesse à l'appellation « musique urbaine ».
Rarement rompue et entretenue de manière subtile, la cadence posée de Untrue
s'ancre dans un traitement fantômatique et franchement efficace de la voix humaine, et
s'articule autour de pièces de résistance comme Etched Headplate et Ghost
Hardware, défrichant des zones sonores originales et brillamment organisées. Les
non-initiés trouveront peut-être que la chose finit par s'étirer, mais les puristes
sauront sans doute retirer inspiration et sérénité de cet ensemble d'une grande
intelligence. (LF)
:: chanson-clé : ghost hardware |

|
09
: EXPLOSIONS IN THE SKY
: All of a Sudden I Miss Everyone
: Temporary Residence
Cette année fut littéralement lexplosion du phénomène post-rock à
l'échelle de la culture populaire. Tant dans des bandes-annonce de film que pour
promouvoir une nouvelle Cadillac, ce petit groupe du Texas a été occupé. Même si elles
ne réinventent aucunement le genre, les mélodies sur All of a Sudden, I Miss Everyone
sont dune beauté incomparable. L'album ne donne pas des frissons au même titre que
leurs spectacles: mais l'expérience peut être similiaire, avec les yeux fermés. (MM)
:: chanson-clé : so long, lonesome |

|
08
: STARS OF THE LID
: And Their Refinement of the Decline
: Kranky
Il ne fait aucun doute qu'Adam Wiltzie et Brian McBride sont conscient de réaliser
de la musique sur laquelle s'endorment les gens. Un rapide coup d'oeil aux titres des
chansons de leur plus récent opus le confirme: Even If You're Never Awake, Another
Ballad For Heavy Lids, Hiberner toujours. Les Stars of the Lid donnent dans la
quiétude embouteillée, orchestrant de paisibles symphonies en apesanteur dont la
matière première semble insaisissable. And Their Refinement of the Decline
récompense l'auditeur attentif, liquéfiant le temps par d'amples mouvements mélodiques
qui refusent obstinément le rythme pressé du monde réel. Il s'agit d'un véritable
mastodonte atmosphérique, dont les deux heures raffinent l'idée même de la composition
drone: chaque pièce est une cathédrale nuageuse, incitant aux plus profondes rêveries.
Un incontournable pour les amateurs de post-rock très planant et de musique ambiante, ou
pour quiconque valorisant toujours la contemplation à l'ère de l'action. (AFR)
:: chanson-clé : december hunting for vegetarian fuckface |

|
07
: BLONDE REDHEAD
: 23
: 4AD
À linstar de bon nombre des formations ayant
vu le jour ces dernières années, Blonde Redhead demeure un groupe dont lévolution
artistique nivelle encore et toujours vers le haut. Même si, pour plusieurs, le trio
new-yorkais atteignit un certain plafond avec le superbe Misery is a Butterfly, ce septième album studio
prouve une fois de plus limmense talent dune formation capable de faire
progresser sa signature musicale sans que linitiative ne se traduise nécessairement
par un assagissement prématuré ou un désir soudain de courtiser les stations de radio
#1 dAmérique du Nord. Certes, 23 est plus
accessible quun In an Expression of the
Inexpressible ou même qu'un Melody of Certain
Damaged Lemons, mais il ressort malgré tout de ce nouvel effort une suite de
compositions aussi somptueuses que décapantes carburant au son de voluptueuses textures
de guitares shoegazes, telles lenvoutante pièce titre et les fougueuses S.W. et Spring
and by Summer Fall. (JFV)
:: chanson-clé : spring and by summer fall |

|
06
: BORIS WITH MICHIO KURIHARA
: Rainbow
: Drag City
L'imprévisible trio japonais Boris en remet encore une fois. Habituée aux collaborations
spectaculaires, la formation de stoner-noise-métal-psychédélique livre le résultat de
sessions avec Michio Kurihara, père spirituel du groupe et guitariste des vieux routiers
de Ghost. Étonnamment, la rencontre de ces deux forces du Bruit fait de Rainbow le
premier album «écoutable» de Boris. Composé de véritables chansons normales, avec des
structures rock et des durées quasi radiophoniques, Rainbow nous laisse croire
pour la première fois que Boris est composé d'êtres humains. Le trio nippon demeure en
arrière-plan, préférant appuyer habilement Kurihara qui peut jouer en toute liberté
sur ces neuf pièces mélancoliques. Le groupe s'y montre épique et insaisissable, comme
dans Rafflesia, mais aussi plus terre à terre comme dans la splendide You
Laughed Like a Water Mark. Difficile toutefois d'y trouver le calme grâce au ton de
guitare perçant de Kurihara, dont les solos traversent les murs les mieux isolés. Il
devient donc impossible de fuir Rainbow, et c'est tant mieux. (JFC)
:: chanson-clé : rainbow |

|
05
: THE WHITE STRIPES
: Icky Thump
: Warner Bros.
Il y a quelques mois à peine, Jack White rangeait l'aventure des White Stripes au
placard. Une tournée des Raconteurs venait tout juste de prendre fin. Un deuxième album
avec la dite formation était en route. Les deux membres fondateurs n'habitaient plus la
même ville. Personne ne pouvait s'attendre à Icky Thump, enregistré dans le plus
grand secret aussi rapidement que Rihanna est passée de l'autobus scolaire à la
limousine. Revigoré par son passage dans un vrai groupe en bonne et dûe forme, Jack
White revient en force, les poches pleines de succès potentiels. Enregistré à
Nashville, nouvelle terre d'accueil de White, Icky Thump n'est certes pas l'album
country anticipé. Le mystérieux duo offre plutôt de grands moments du rock décapant
qui l'a fait connaître, notamment la furieuse Little Cream Soda et la
spectaculaire pièce titre. Les ténébreux rockeurs ne mettent toutefois pas de côté
leur curiosité expérimentale en travaillant avec la cornemuse. Les amateurs de rock ne
peuvent que se régaler de ce brûlot des Stripes qui nous livrent sans contredit leur
meilleur album depuis White Blood Cells. (JFC)
:: chanson-clé : conquest |

|
04
: SHINING
: Grindstone
: Rune Grammofon
Probablement l'un des albums les plus difficiles de 2007: la dissonance et la
complexité de chaque pièce ne font que hanter mes rêves les plus dérangeants. Après
quelques écoutes, Grimstone s'avère un album raffiné et délirant, construit par
d'excellents musiciens qui samusent avec leurs formations classiques et jazz
L'ensemble n'est probablement totalement cohérent que pour le groupe, mais demeure
franchement intéressant pour ses amateurs. (MM)
:: chanson-clé : stalemate longan runner |

|
03
: BATTLES
: Mirror
: Warp
À l'exception du passage d'Acid Mothers Temple à Ottawa, qui donna à notre
collègue Fontaine l'occasion de se faire exploser quelques neurones, les meilleurs
concerts auxquels l'équipe de Funkimusik eut la chance d'assister cette année furent
CEUX (et non « celui ») de Battles. Unité rock dont la chimie et la maîtrise des
possibilités du spectacle musical dépassent l'entendement, le quatuor élite nous a
aussi offert un premier long-jeu tout à fait satisfaisant. En effet, si le métal et
autres genres plutôt « masculins » ont connu une année convenable sans pour autant
rayonner en dehors des cercles fermés, c'est peut-être Battles qui, faisant éclater
l'étiquette « math-rock » en lui incorporant de savoureux éléments de pop, peuvent
être identifiés comme le « crossover » rock de l'année, par leur équilibre de
virtuosité et d'accessibilité. On pourrait facilement attribuer leur succès à la
charge percussive de l'irrésistible Atlas, mais c'est peut-être Tonto,
étourdissante montagne russe de styles et de groove, qui résume le mieux la démarche du
groupe. Imparfait, non dépourvu de plages superflues, Mirrored demeure l'un des
albums les plus stimulants de 2007. (LF)
:: chanson-clé : tonto |

|
02
: RADIOHEAD
: In Rainbows
: Indépendant
Au-delà d'une méthode de distribution des plus inhabituelles (du moins, pour un
groupe de cette envergure), il ne faudrait pas oublier qu'In Rainbows est aussi un
album sur lequel se trouvent des chansons. Dix au total. Toutes extraordinaires. Nous
ayant fait languir pendant plus de quatre ans, les membres de Radiohead revinrent
finalement à la charge au moment où nous nous y attendions le moins, croyant alors
quil faudrait attendre encore plusieurs mois, peut-être même un an, avant
davoir enfin de leurs nouvelles. Plus direct et naturel, In Rainbows est le
fruit dun travail acharné de la part dun groupe qui a réappris à jouer
ensemble et à tirer le maximum de ses moindres acquis. Le tout fut loccasion de
mettre la touche finale à de vieilles idées (Nude, qui sest fait attendre
pendant près de dix ans) et den approfondir de nouvelles en incorporant les racines
plus classiques du guitariste Jonny Greenwood aux sonorités rocks et électroniques
déjà acquises pour créer un nouvel opus d'une beauté absolument foudroyante, et
surtout digne de ses prédécesseurs. Un autre chef-d'oeuvre de la part d'une formation
qui n'est visiblement capable que du meilleur. (JFV)
:: chanson-clé : all i need |

|
01
: THE ARCADE FIRE
: Neon Bible
: Merge
Le grand débat de l'année 2007, au sein de votre équipe de rédaction favorite,
divisa celle-ci en deux camps distincts: d'un côté les fervents défenseurs du titre
royal de Radiohead, et de l'autre les convertis à la Bible de néon d'Arcade Fire. Lutte
fratricide, souvent schizophrène, de laquelle le groupe montréalais est finalement
sortit grand vainqueur. Si plusieurs persistent à dire que Neon Bible n'est pas
l'égal de Funeral, c'est que le second long-jeu de la formation n'est pas une
collection de tubes dansants et joyeusement rassembleurs au même titre que son
prédécesseur. Plus sombres, moins immédiatement accrocheuses, ces onze chansons sont
néanmoins d'une profondeur émotionnelle incroyable; elles sont à la fois expression
terrifiée de nos craintes et opposition extatique à celles-ci. Elles sont animées par
une urgence palpable, presque irrationnelle, parfaitement contagieuse. C'est ce
frénétique besoin de créer, et surtout de communiquer, qui hante chaque rythme et
chaque mélodie du disque qui en fait la force. Chaque chanson sur Neon Bible est
une question de vie ou de mort, une méditation sur la guerre, la foi, l'amour.
Chaque chanson a aussi le mérite d'être sans équivoque excellente: la passionnée Intervention,
la dévastatrice My Body Is A Cage, la triomphante No Cars Go, l'énergique (Antichrist)
Television Blues, la tragique The Well and the Lighthouse. Même la courte et
toute simple pièce-titre, de prime abord anodine, est une déchirante composition déjà
gravée au fer rouge dans nos mémoires. The Arcade Fire orchestre avec une ferveur
surhumaine un rock populiste et propulsif, mais surtout intense et émouvant. Des morceaux
brillants, portés par la voix puissante et désespérée de Win Butler; évoquant Bowie
et Byrne, Dylan et Springsteen, le chanteur s'est mieux que quiconque définit sur Neon
Bible. L'album nous apparaît bien plus que Funeral comme le travail d'un
auteur-compositeur au souffle rock et aux sensibilités pop parfaitement affinés; un
auteur-compositeur qui s'est « trouvé », sachant se nourrir de ses insécurités pour
signer des chansons sincères et survoltées comme Black Mirror ou Windowsill.
Soyons honnêtes: Neon Bible est un authentique classique, un album
fondamentalement humain qui transcende les questions de genres ou de modes pour s'inscrire
dans la plus pure tradition des grands albums rock. C'est l'oeuvre d'un groupe qui
visiblement croit que la musique, à défaut de pouvoir changer le monde, a le pouvoir de
changer des vies. Il faut voir le groupe en concert pour saisir l'étendue de cette
passion; sur scène, The Arcade Fire semble déjà prêt à conquérir le monde. Gageons
que ce n'est qu'une question de temps... (AFR)
:: chanson-clé : my body is a cage |

|
| // Listes individiduelles |
|
|
|
|
 |