TOP 30 // 2007 : ALBUMS
30

: ILIKETRAINS
: Elegies to Lessons Learnt
: Beggars Banquet



La première carte de visite de la formation britannique iLiKETRAiNS (Progress Reform, parue en 2006) installa progressivement le groupe comme le chainon manquant entre la froideur clinique des compositions d’Interpol et les envolées lyriques d’Explosions in the Sky. La bande à David Martin revint en très grande forme cette année avec un véritable premier long-jeu beaucoup mieux construit, et surtout mieux produit. Plus sinistre et inquiétant, c’est à une véritable trame sonore de fin du monde que nous convie cette fois-ci la formation britannique grâce à ses compositions musclées à forte teneur dramatique. De quoi rendre encore plus prenants les textes du chanteur David Martin, qui affichent un intérêt toujours aussi marqué pour les sujets historiques et politiques les moins reluisants, que ce dernier laisse planer dans notre esprit d’une voix grave faisant directement écho à celle des Ian Curtis et Nick Cave de ce monde. (JFV)

:: chanson-clé : twenty five sins

29

: CARIBOU
: Andorra
: Merge



2007 fut une année des plus riches sur la scène rock mondiale, et pour l'un de ses membres les plus singuliers, il n'était pas question de se tenir loin des festivités. S'il ne s'agit pas nécessairement de son meilleur album en carrière, Andorra voit le Manitobain Dan Snaith revenir sur les territoires psychédéliques du formidable Up In Flames et lui injecter un peu de discipline. En effet, plus qu'un simple pastiche de pop ensoleillée à la sauce sixties, il s'agit d'un sincère exercice de composition dont les élans les plus inspirés encouragent une forte réponse. D'orientation plus vocale que ses prédécesseurs, Andorra dérive à l'occasion sans direction précise mais voit son auteur-chef d'orchestre coucher plusieurs mélodies amples et remarquables (Sandy, Eli...), synthétisant les meilleurs éléments de son style. De même, son retour à une électro plus traditionnelle, en clôture, dénote une certaine volonté de renouvellement, de relance dans une discographie pop accumulant les bons coups. Suggéré. (LF)

:: chanson-clé : sandy

28

: IRON & WINE
: The Shepherd's Dog
: Sub Pop



Sam Bean, muni d’une barbe absolument ridicule et d’une guitare, nous offre la progression logique du supermaxi Women King avec ce nouvel opus. Derrière son faciès poilu se cache une voix douce, d'une humilité époustouflante. Construit d’une façon simpliste, The Shepherd’s Dog est d’un atout de taille pour les soirées de tranquillité. (MM)

:: chanson-clé : wolves (song of the shepherd's dog)

27

: QUEENS OF THE STONE AGE
: Era Vulgaris
: Interscope



Après un détour vers les sineux méandres d'un psychédélisme gothique avec Lullabies to Paralyze, Josh Homme et ses éphémères collaborateurs sont de retour avec un rock direct et bien envoyé. Le guitariste garde intact le noyau formé avec Troy Van Leeuwen et Joey Castillo, ce qui résulte en un album calculé à la seconde près. Rien n'est laissé au hasard dans cette véritable machine qu'est Era Vulgaris, dont le ménanisme performe avec la précision de l'horloge suisse. Comme dans toute autre machine, le mécanisme n'est pas responsable de l'aspect créatif. Il faut l'avouer: Josh Homme ne signe pas ses plus grandes compositions. Mais des bijoux comme Turnin' On the Screw ou 3's & 7's trouvent admirablement leur place dans ce tumulte industriel qu'est Era Vulgaris. En quelque part entre Nine Inch Nails, le stoner et le rock classique, Queens of the Stone Age touche encore une fois la cible. (JFC)

:: chanson-clé : make it wit chu

26

: EXPLODING STAR ORCHESTRA
: We Are All From Somewhere Else
: Thrill Jockey



Si la scène musicale s'est atomisée au cours des dernières années en une multitude de néfastes sous-catégories sectaires, l'Exploding Star Orchestra semble s'être donné la mission de recoller les morceaux - du moins à l'échelle de Chicago. Alliance entre musiciens issus des mondes du post-rock et du jazz, le « super-groupe » dirigé par Rob Mazurek proposait avec son premier album We Are All From Somewhere Else une fascinante fusion entre ces genres marquée par les influences combinées de la musique moderne sérielle et de l'électronique atmosphérique. Souvent épiques, les pièces du collectif trouvent leur équilibre entre l'improvisation et la composition, entre la liberté individuelle et le souffle collectif. En résulte un album jazz à la fois créatif et accessible, inventif sans être insulaire. (AFR)

:: chanson-clé : sting ray and the beginning of time (part 1)

25

: THE SEA AND CAKE
: Everybody
: Thrill Jockey



The Sea & Cake nous revenait en 2007 pour livrer un autre album de mélodies accrocheuses et de compositions aux rythmes impressionnants. Sam Prekop possède toujours ce même ton de voix délicat - au point où ça en est presque drôle - mais il semble qu'il soit le seul à savoir bien s'en servir. Connaissez-vous un album qui sente plus l’été que celui-ci? (MM)

:: chanson-clé : exact to me

24

: LIARS
: Liars
: Mute



On a dit sur toutes les tribunes que ce Liars, quatrième album des Liars, constituait une sorte de retour au rock, à la racine, mais il se peut bien que cette annonce ne s'avère pas très juste ; plutôt que de se camper dans un style et de s'y complaire, le groupe choisit ici le changement pour seule constante et se réinvente de chanson en chanson. Plus que jamais, le trio new-yorkais brouille les pistes, continue de commettre les pires crimes à l'égard du tympan humain, mais, autant qu'il ne le faisait sur l'exceptionnel Drum's Not Dead, trace un itinéraire unique et infiniment stimulant pour les neurones. Le groupe brasse la cage sans détours sur Freak Out et Plaster Casts of Everything, puis surpasse l'ensemble de son oeuvre, en simples termes d'invention mélodique, avec les renversantes Protection et Sailing to Byzantium. On peut déclarer sans hésiter que nous avons affaire à une nouvelle étape essentielle d'un parcours qui n'a pas fini de nous intriguer. (LF)

:: chanson-clé : sailing to byzantium

23

: THE FIERY FURNACES
: Widow City
: Thrill Jockey



Inébranlables résidents des rétrospectives de fin d'année de Funkimusik, les Fiery Furnaces n'ont pas malgré leur hallucinante productivité la fâcheuse habitude de se répéter. L'excellent Widow City confirme une fois de plus cette absence de tendance, les frangins Friedberger livrant un éclectique collage de pop baroque et de rock progressif: le riff écrasant de l'incroyable Navy Nurse aura laissé pantois bien des mélomanes généralement peu enclins aux frasques folles du duo, tandis que la jolie My Egyptian Grammar se faisait l'écho de compositions passées telles que Waiting To Know You. Si Widow City rappelle son prédécesseur Bitter Tea, c'est que l'univers unique des Fiery Furnaces nous est aujourd'hui familier: les subites ruptures de ton, les textes-fleuve éclatés d'Eleanor, le goût marqué pour les sonorités « cocasses ». Mais bien que l'effet de surprise soit passé, le groupe demeure une bête fascinante: ses constantes mutations sont au service de l'une des identités musicales les plus charmantes et originales du paysage indie actuel. (AFR)

:: chanson-clé : navy nurse

22

: ANIMAL COLLECTIVE
: Strawberry Jam
: Domino



Cette année, les quatre musiciens d'Animal Collective nous ont montré une bonne fois pour toutes, comme s'ils avaient encore besoin de se le prouver, qu'ils savaient pousser de la foutue bonne chanson, et ce sans pour autant compromettre leur impérissable éthique expérimentale. En guise de support au doublé monumental composé de Fireworks et For Reverend Green, les pièces de Strawberry Jam passent d'un degré quasiment incompréhensible d'excellence et de rigueur (Chores) à un manque flagrant de maturité (Cuckoo Cuckoo), mais il se dégage de l'ensemble un air d'invention et de créativité fidèle aux standards du groupe. Les trouvailles de Deacon à la guitare sont toujours aussi rafraîchissantes, les prestations vocales voient Avey Tare se surpasser en matière d'expressivité, et la même énergie frénétique donne son ambiance de fête au meilleur matériel de cet album qui, à défaut d'être parfait, maintient la bande parmi les artistes importants de la pop actuelle. (LF)

:: chanson-clé : fireworks

21

: PANDA BEAR
: Person Pitch
: Paw Tracks



Fidèle à tout ce qui tourne autour de son projet de groupe, le percussionniste d'Animal Collective a fait de son deuxième album solo une affaire de passion. Suite aux déchirements dépouillés de Young Prayer, Noah Lennox nous est revenu avec un ensemble dense et foisonnant de bonnes idées. Mais au-delà des harmonies vocales célestes et des chaleureuses mélodies pop, ce qui nous surprend les plus de Person Pitch, c'est qu'il s'agisse d'un authentique essai d'électronique expérimental. Avec la froideur clinique d'un artiste house, Panda fonde sa musique enchantée sur la modulation de boucles, mais son assemblage spirituel d'éléments hétéroclites, qu'il s'agisse de bruits d'animaux ou d'envolées de tablas, donne à la chose toute sa fraîcheur et son excentricité. Opus moderne par excellence, Person Pitch respire et prend des virages inattendus, s'incruste dans l'esprit de l'auditeur, et possède finalement tous les attributs d'un incontournable. (LF)

:: chanson-clé : bros

20

: NEUROSIS
: Given to the Rising
: Neurot



Ne nous le cachons pas : tout ce qui se fait d'intéressant dans le métal actuel doit une fière chandelle aux vieux routiers de Neurosis. La formation californienne a grandement contribué à métamorphoser la musique métal pour la faire passer au 21e siècle avec grand succès. Mais de toute évidence, les pionniers ne sont pas prêts à s'asseoir sur leurs lauriers. Avec Given to the Rising, ils continuent de mettre la barre haute pour la relève en redéfinissant la terreur en matière de son. Ponctué de longs passages fiables comme l'eau qui dort menant vers de véritables déferlantes enragées, Given to the Rising ne laisse aucune chance. Les chuchotements et les subtiles guitares atmosphériques frayent dangereusement avec les hurlements et les riffs en béton armé. Les oreilles averties sauront apprécier ce petit bout d'apocalypse tout frais sorti des fours infects de Lucifer. (JFC)

:: chanson-clé : given to the rising

19

: ELLIOTT SMITH
: New Moon
: Kill Rock Stars



Après plusieurs mois, il demeure toujours difficile d'en croire ses oreilles à l'écoute de New Moon, d'Elliott Smith. L'oeuvre du folkie le plus rock de l'Ouest atteignait déjà des proportions mythiques avant même la sortie de cette colossale compilation en deux disques de chansons inédites. New Moon contient en effet pas moins de 24 chansons enregistrées entre 1994 et 1997, période faste pour Smith. Ces somptueux rejets de l'album éponyme de Smith et de Either/Or trouvent rapidement leur place dans nos mémoires étant donné la rare qualité des compositions. Décidemment, Elliott Smith conservait au moins deux autres albums remarquables au fond de ses tiroirs. On ne peut que s'étonner devant tant de talent. Il n'y a nul doute que l'histoire se souviendra d'Elliott Smith comme l'un des grands de sa génération. (JFC)

:: chanson-clé : going nowhere

18

: THE GOOD, THE BAD & THE QUEEN
: The Good, The Bad & The Queen
: Parlophone



L’excellent vidéoclip réalisé pour la chanson Kingdom of Doom du « super-groupe » The Good, the Bad & the Queen résume en soi parfaitement le sentiment se dégageant du tout dernier projet de l’infatigable Damon Albarn. On y aperçoit l’ancien leader de Blur et de Gorillaz en train de préparer un petit déjeuner typiquement anglais par un matin plutôt nuageux en compagnie de ses collègues Paul Simonon (The Clash), Simon Tong (The Verve) et Tony Allen (Fela Kuti). Si l’album véhicule sensiblement le même pessimisme, tout en se montrant particulièrement rassembleur, que sous-entendaient déjà certaines pièces de l’excellent Demon Days, les compositons d’Albarn s’avèrent cette fois-ci beaucoup plus chaleureuses et ressemblent davantage à un effort de groupe derrière lequel se cachent de véritables instruments. Un ensemble plus substantiel et homogène dans lequel les effets électroniques et la réalisation plus nuancée du producteur Danger Mouse se fondent étonnamment à merveille. Probablement l’album pop qui passa le plus inaperçu au cours de la dernière année, mais qui mérite définitivement qu’on lui porte attention. Vous ne serez pas déçus! (JFV)

:: chanson-clé : history song

17

: NAVET CONFIT
: LP2
: La Confiserie



À peine un an après son LP1, le prolifique Jean-Philippe Fréchette récidivait avec un nouvel album - double! - distribué par sa propre étiquette La Confiserie. Ayant enfin les moyens de ses ambitions, le Navet Confit signe avec LP2 un disque vaste confirmant tant ses talents d'auteur-compositeur que son goût prononcé pour les bric-à-brac sonores expérimentaux en tous genres. Truffé de brumeuses métaphores cinématographiques et de murmures mélodiques rêveurs et mélancoliques, ce long-jeu deux compte bien quelques chansons pop franchement accrocheuses parmi ses vingt-quatre pistes dont Aspirines, la très typique La poste, l'hommage new wave Samsam, l'excellente Piscine = Piste de danse ou encore l'adolescente et jouissive Grunge. Néanmoins, c'est le psychédélisme estompé et l'atmosphère feutrée de l'ensemble qui nous marquent longtemps après que ce soit terminé l'album: juste assez halluciné, flou comme l'est un songe éveillé, LP2 demeure pourtant le fruit parfaitement cohérent d'une culture musicale riche et éclectique. De somptueuses réalisations telles que Tu regardes toujours le générique jusqu'à la fin ou Par la fenêtre confirment la croissance rapide du Navet par leurs arrangements raffinés, et sustentent à long-terme l'amateur d'indie éthéré servi à la sauce shoegaze. Alliant sans cesse gravité et naïveté, LP2 nous en offre peut-être un peu trop à nous mettre sous la dent pour être consommé en un seul repas. Mais, en plein coeur d'une année de vache maigre pour la scène francophone, il faudrait être fou pour s'en plaindre. (AFR)

:: chanson-clé : piscine = piste de danse

16

: DINOSAUR JR.
: Beyond
: Play It Again Sam



La palme d'or de la résurrection rock la plus inattendue de l'année va sans contredit à Dinosaur Jr., dont les conflits intestinaux sont aussi légendaires que les grands albums de la fin des années 80. Avec le retour du bassiste Lou Barlow, c'est l'esprit même du groupe qui semble vouloir renaître de ses cendres; Beyond est l'un des albums rock les plus lourds et assurés de 2007, sa pertinence s'étendant bien au-delà de l'insalubre nostalgie grunge qu'il éveille inévitablement. Chaque riff est coulé dans le béton armé, renforcé au titane et livré dans un emballage de distorsion percutant: It's Me frappe l'auditeur de plein fouet, Crumble et Been There All The Time feignent la légèreté pour mieux l'assommer, Pick Me Up s'étire avec la majesté décadente d'un classique du rock oublié, tandis qu'Almost Ready emballe l'énergie du trio dans un beau petit paquet pop. Pourtant, c'est la très belle composition de Barlow Back To Your Heart qui résume le mieux l'atmosphère de Beyond: l'amertume d'éponger le passé mêlée au simple plaisir de jouer ensemble, pour la première fois depuis des années. Ces onze chansons confirment la raison d'être de cette improbable réunion. (AFR)

:: chanson-clé : back to your heart

15

: THURSTON MOORE
: Trees Outside the Academy
: Ecstatic Peace



Ayant délaissé les grattes-ciel de New York pour se réfugier dans les denses forêts du Massachusetts, Thurston Moore livre avec Trees Outside the Academy son « album rural ». Sur cette suite logique du Psychic Hearts de 1995, le vétéran de la scène alternative délaisse ainsi son habituelle quincaillerie électrique au profit de guitares acoustiques et de quelques jolies mélodies folk. Le tout rappelle bel et bien Sonic Youth, mais le gracieux violon et les harmonies vocales chaleureuses de Samara Lubelski confèrent à l'ensemble un charme paisible que confirment les compositions dissonantes mais détendues de Moore. Confiant sans être paresseux, l'album ne surprend guère mais séduit par sa sombre quiétude que ponctue de quelques solos endiablés le Dinosaur Jr. en chef, J. Macsis. (AFR)

:: chanson-clé : frozen gtr

14

: ANTIBALAS
: Security
: Anti-



Il est de ces disques parvenant à faire oublier à l'auditeur plus ou moins averti sa connaissance pour ainsi dire limitée du genre auxquels ils appartiennent. C'est le cas de Security et de son effet sur celui qui ne songerait pas une seconde à se qualifier d'érudit du jazz. Il serait facile d'affirmer, en n'allant pas chercher plus loin que la percutante Beaten Metal, que l'impact du plus récent album d'Antibalas est direct et viscéral, mais les choses vont bien plus loin. Qualifier Security de « varié » (du moins pour un album d'afrobeat) relève presque de l'euphémisme. Le collectif nous catapulte au beau milieu de ce qui pourrait bien être un party de guerilleros sur Filibuster X, ralentit la cadence et gagne en profondeur, puis reprend vigueur et légèreté avant de plonger, au beau milieu de I.C.E., dans un abysse de mystifiante émotion. Le résultat s'avère un périple inlassablement fascinant, une incursion aventureuse dans des eaux obscures devenant subitement familières. Hautement recommandé. (LF)

:: chanson-clé : beaten metal

13

: WILCO
: Sky Blue Sky
: Nonesuch/Warner Bros.


Avec Sky Blue Sky, Wilco succombait enfin à la tentation d'enregistrer le disque de soft-rock au classicisme appliqué qui sommeillait derrière les expérimentations sonores de Yankee Hotel Foxtrot et de A Ghost Is Born. Le résultat final n'a pas du tout fait l'unanimité, certains critiques accusant le groupe d'avoir sombré une bonne fois pour toute dans le registre ronflant du rock de mononc'. Mais Jeff Tweedy, qui n'aspirait qu'à « chanter de bonnes chansons », n'a pas à craindre ce genre d'attaques: une fois de plus, son groupe accouche d'un album formidablement ficelé tant au niveau de l'écriture que de l'interprétation. Sensibles et intimistes, les douze chansons de Sky Blue Sky - de la pop léchée d'Impossible Germany à la splendide ballade acoustique Please Be Patient With Me - commandent l'écoute compulsive. Les mélodies sont mémorables, les solos de Nels Cline tour à tour héroïques ou nuancés, et l'appui rythmique de Glenn Kotche déjoue constamment les conventions. Sans réitérer l'exploit de Yankee Hotel Foxtrot, la formation de Chicago signe un disque franc et touchant qui, à défaut d'être cool, semble déjà à l'abri des modes: Sky Blue Sky est le fidèle compagnon de tous les matins paresseux de 2007. (AFR)

:: chanson-clé : you are my face

12

: PJ HARVEY
: White Chalk
: Island



Avec White Chalk, Polly Jean Harvey quitte la ville et renoue avec la campagne anglaise qui l’a vue grandir. Un retour aux sources qu’elle ne pouvait visiblement effectuer qu’en abandonnant en chemin sa bonne vieille guitare pour finir par se réfugier derrière les notes d’un piano poussiéreux. PJ Harvey concocta ainsi un album aux inspirations beaucoup plus traditionnelles qu’elle livra également sur un ton plus réservé, et surtout immensément personnel, de par sa voix particulièrement puissante, mais aussi extrêmement fragile. Cet ensemble de pièces à la fois délicates et torturées s’avère aussi beaucoup plus épuré musicalement alors que les moindres notes de l’inquiétante Grow Grow Grow et de la paisible When Under Ether, pour ne nommer que ceux-là, nous prennent littéralement aux tripes. En laissant de côté son penchant plus rebelle, PJ Harvey accoucha d’un disque absolument magnifique sur lequel elle n’aura pourtant jamais paru plus désarmée, mais également plus sage et lucide, faisant de White Chalk un compagnon de premier ordre pour les périodes les plus sombres et les longs moments de solitude. (JFV)

:: chanson-clé : white chalk

11

: HANDSOME FURS
: Plague Park
: Sub Pop



En attendant le deuxième Wolf Parade, ce ne sont pas les projets personnels qui manquent. Le guitariste Dan Boeckner y est allé du sien avec Handsome Furs, en compagnie de sa fiancée Alexei Perry. Mais il ne faut pas se méprendre : bien avant d'être un passe-temps, Plague Park s'avère un album grandiose de la part d'un auteur-compositeur en plein essor. Loin des fantasmes progressifs de son collègue Spencer Krug, Boeckner livre ici des chansons minimalistes, décharnées, osseuses, mais essentielles. Austères et nocturnes, les pièces composant Plague Park défilent comme d'hostiles paysages urbains. Boeckner les décrit de sa voix fantômatique, du point de vue du passager d'un ultime taxi traversant le désert bourdonnant des néons et des lignes électriques. Sceptique face à la modernité mais découragé par l'immobilisme, Boeckner est pris entre deux feux sans toutefois abandonner. Loin du pessimisme résigné, Plague Park est l'oeuvre d'un grand romantique condamné mais certainement pas vaincu. (JFC)

:: chanson-clé : handsome furs hate the city

10

: BURIAL
: Untrue
: Hyperdub



Elle nous attend toujours dans le détour. Elle complote sombrement dans l'idée de faire basculer notre équilibre vital et nos plus profondes certitudes. Elle se nomme... la surprise de fin d'année. Il faut dire qu'après un succès critique retentissant, plusieurs attendaient de pied ferme le retour de celui qui, l'année dernière, épatait la gallerie de ses rythmes secs et de ses atmosphères nocturnes. Pour les autres, ce fut l'occasion (et le plaisir) de découvrir cette électronique mystérieuse redonnant ses lettres de noblesse à l'appellation « musique urbaine ». Rarement rompue et entretenue de manière subtile, la cadence posée de Untrue s'ancre dans un traitement fantômatique et franchement efficace de la voix humaine, et s'articule autour de pièces de résistance comme Etched Headplate et Ghost Hardware, défrichant des zones sonores originales et brillamment organisées. Les non-initiés trouveront peut-être que la chose finit par s'étirer, mais les puristes sauront sans doute retirer inspiration et sérénité de cet ensemble d'une grande intelligence. (LF)

:: chanson-clé : ghost hardware

09

: EXPLOSIONS IN THE SKY
: All of a Sudden I Miss Everyone
: Temporary Residence



Cette année fut littéralement l’explosion du phénomène post-rock à l'échelle de la culture populaire. Tant dans des bandes-annonce de film que pour promouvoir une nouvelle Cadillac, ce petit groupe du Texas a été occupé. Même si elles ne réinventent aucunement le genre, les mélodies sur All of a Sudden, I Miss Everyone sont d’une beauté incomparable. L'album ne donne pas des frissons au même titre que leurs spectacles: mais l'expérience peut être similiaire, avec les yeux fermés. (MM)

:: chanson-clé : so long, lonesome

08

: STARS OF THE LID
: And Their Refinement of the Decline
: Kranky



Il ne fait aucun doute qu'Adam Wiltzie et Brian McBride sont conscient de réaliser de la musique sur laquelle s'endorment les gens. Un rapide coup d'oeil aux titres des chansons de leur plus récent opus le confirme: Even If You're Never Awake, Another Ballad For Heavy Lids, Hiberner toujours. Les Stars of the Lid donnent dans la quiétude embouteillée, orchestrant de paisibles symphonies en apesanteur dont la matière première semble insaisissable. And Their Refinement of the Decline récompense l'auditeur attentif, liquéfiant le temps par d'amples mouvements mélodiques qui refusent obstinément le rythme pressé du monde réel. Il s'agit d'un véritable mastodonte atmosphérique, dont les deux heures raffinent l'idée même de la composition drone: chaque pièce est une cathédrale nuageuse, incitant aux plus profondes rêveries. Un incontournable pour les amateurs de post-rock très planant et de musique ambiante, ou pour quiconque valorisant toujours la contemplation à l'ère de l'action. (AFR)

:: chanson-clé : december hunting for vegetarian fuckface

07

: BLONDE REDHEAD
: 23
: 4AD



À l’instar de bon nombre des formations ayant vu le jour ces dernières années, Blonde Redhead demeure un groupe dont l’évolution artistique nivelle encore et toujours vers le haut. Même si, pour plusieurs, le trio new-yorkais atteignit un certain plafond avec le superbe Misery is a Butterfly, ce septième album studio prouve une fois de plus l’immense talent d’une formation capable de faire progresser sa signature musicale sans que l’initiative ne se traduise nécessairement par un assagissement prématuré ou un désir soudain de courtiser les stations de radio #1 d’Amérique du Nord. Certes, 23 est plus accessible qu’un In an Expression of the Inexpressible ou même qu'un Melody of Certain Damaged Lemons, mais il ressort malgré tout de ce nouvel effort une suite de compositions aussi somptueuses que décapantes carburant au son de voluptueuses textures de guitares shoegazes,  telles l’envoutante pièce titre et les fougueuses S.W. et Spring and by Summer Fall. (JFV)

:: chanson-clé : spring and by summer fall

06

: BORIS WITH MICHIO KURIHARA
: Rainbow
: Drag City



L'imprévisible trio japonais Boris en remet encore une fois. Habituée aux collaborations spectaculaires, la formation de stoner-noise-métal-psychédélique livre le résultat de sessions avec Michio Kurihara, père spirituel du groupe et guitariste des vieux routiers de Ghost. Étonnamment, la rencontre de ces deux forces du Bruit fait de Rainbow le premier album «écoutable» de Boris. Composé de véritables chansons normales, avec des structures rock et des durées quasi radiophoniques, Rainbow nous laisse croire pour la première fois que Boris est composé d'êtres humains. Le trio nippon demeure en arrière-plan, préférant appuyer habilement Kurihara qui peut jouer en toute liberté sur ces neuf pièces mélancoliques. Le groupe s'y montre épique et insaisissable, comme dans Rafflesia, mais aussi plus terre à terre comme dans la splendide You Laughed Like a Water Mark. Difficile toutefois d'y trouver le calme grâce au ton de guitare perçant de Kurihara, dont les solos traversent les murs les mieux isolés. Il devient donc impossible de fuir Rainbow, et c'est tant mieux. (JFC)


:: chanson-clé : rainbow

05

: THE WHITE STRIPES
: Icky Thump
: Warner Bros.



Il y a quelques mois à peine, Jack White rangeait l'aventure des White Stripes au placard. Une tournée des Raconteurs venait tout juste de prendre fin. Un deuxième album avec la dite formation était en route. Les deux membres fondateurs n'habitaient plus la même ville. Personne ne pouvait s'attendre à Icky Thump, enregistré dans le plus grand secret aussi rapidement que Rihanna est passée de l'autobus scolaire à la limousine. Revigoré par son passage dans un vrai groupe en bonne et dûe forme, Jack White revient en force, les poches pleines de succès potentiels. Enregistré à Nashville, nouvelle terre d'accueil de White, Icky Thump n'est certes pas l'album country anticipé. Le mystérieux duo offre plutôt de grands moments du rock décapant qui l'a fait connaître, notamment la furieuse Little Cream Soda et la spectaculaire pièce titre. Les ténébreux rockeurs ne mettent toutefois pas de côté leur curiosité expérimentale en travaillant avec la cornemuse. Les amateurs de rock ne peuvent que se régaler de ce brûlot des Stripes qui nous livrent sans contredit leur meilleur album depuis White Blood Cells. (JFC)

:: chanson-clé : conquest

04

: SHINING
: Grindstone
: Rune Grammofon



Probablement l'un des albums les plus difficiles de 2007: la dissonance et la complexité de chaque pièce ne font que hanter mes rêves les plus dérangeants. Après quelques écoutes, Grimstone s'avère un album raffiné et délirant, construit par d'excellents musiciens qui s’amusent avec leurs formations classiques et jazz… L'ensemble n'est probablement totalement cohérent que pour le groupe, mais demeure franchement intéressant pour ses amateurs. (MM)

:: chanson-clé : stalemate longan runner

03

: BATTLES
: Mirror
: Warp



À l'exception du passage d'Acid Mothers Temple à Ottawa, qui donna à notre collègue Fontaine l'occasion de se faire exploser quelques neurones, les meilleurs concerts auxquels l'équipe de Funkimusik eut la chance d'assister cette année furent CEUX (et non « celui ») de Battles. Unité rock dont la chimie et la maîtrise des possibilités du spectacle musical dépassent l'entendement, le quatuor élite nous a aussi offert un premier long-jeu tout à fait satisfaisant. En effet, si le métal et autres genres plutôt « masculins » ont connu une année convenable sans pour autant rayonner en dehors des cercles fermés, c'est peut-être Battles qui, faisant éclater l'étiquette « math-rock » en lui incorporant de savoureux éléments de pop, peuvent être identifiés comme le « crossover » rock de l'année, par leur équilibre de virtuosité et d'accessibilité. On pourrait facilement attribuer leur succès à la charge percussive de l'irrésistible Atlas, mais c'est peut-être Tonto, étourdissante montagne russe de styles et de groove, qui résume le mieux la démarche du groupe. Imparfait, non dépourvu de plages superflues, Mirrored demeure l'un des albums les plus stimulants de 2007. (LF)

:: chanson-clé : tonto

02

: RADIOHEAD
: In Rainbows
: Indépendant



Au-delà d'une méthode de distribution des plus inhabituelles (du moins, pour un groupe de cette envergure), il ne faudrait pas oublier qu'In Rainbows est aussi un album sur lequel se trouvent des chansons. Dix au total. Toutes extraordinaires. Nous ayant fait languir pendant plus de quatre ans, les membres de Radiohead revinrent finalement à la charge au moment où nous nous y attendions le moins, croyant alors qu’il faudrait attendre encore plusieurs mois, peut-être même un an, avant d’avoir enfin de leurs nouvelles. Plus direct et naturel, In Rainbows est le fruit d’un travail acharné de la part d’un groupe qui a réappris à jouer ensemble et à tirer le maximum de ses moindres acquis. Le tout fut l’occasion de mettre la touche finale à de vieilles idées (Nude, qui s’est fait attendre pendant près de dix ans) et d’en approfondir de nouvelles en incorporant les racines plus classiques du guitariste Jonny Greenwood aux sonorités rocks et électroniques déjà acquises pour créer un nouvel opus d'une beauté absolument foudroyante, et surtout digne de ses prédécesseurs. Un autre chef-d'oeuvre de la part d'une formation qui n'est visiblement capable que du meilleur. (JFV)

:: chanson-clé : all i need

01

: THE ARCADE FIRE
: Neon Bible
: Merge



Le grand débat de l'année 2007, au sein de votre équipe de rédaction favorite, divisa celle-ci en deux camps distincts: d'un côté les fervents défenseurs du titre royal de Radiohead, et de l'autre les convertis à la Bible de néon d'Arcade Fire. Lutte fratricide, souvent schizophrène, de laquelle le groupe montréalais est finalement sortit grand vainqueur. Si plusieurs persistent à dire que Neon Bible n'est pas l'égal de Funeral, c'est que le second long-jeu de la formation n'est pas une collection de tubes dansants et joyeusement rassembleurs au même titre que son prédécesseur. Plus sombres, moins immédiatement accrocheuses, ces onze chansons sont néanmoins d'une profondeur émotionnelle incroyable; elles sont à la fois expression terrifiée de nos craintes et opposition extatique à celles-ci. Elles sont animées par une urgence palpable, presque irrationnelle, parfaitement contagieuse. C'est ce frénétique besoin de créer, et surtout de communiquer, qui hante chaque rythme et chaque mélodie du disque qui en fait la force. Chaque chanson sur Neon Bible est une question de vie ou de mort, une méditation sur la guerre, la foi, l'amour.

Chaque chanson a aussi le mérite d'être sans équivoque excellente: la passionnée Intervention, la dévastatrice My Body Is A Cage, la triomphante No Cars Go, l'énergique (Antichrist) Television Blues, la tragique The Well and the Lighthouse. Même la courte et toute simple pièce-titre, de prime abord anodine, est une déchirante composition déjà gravée au fer rouge dans nos mémoires. The Arcade Fire orchestre avec une ferveur surhumaine un rock populiste et propulsif, mais surtout intense et émouvant. Des morceaux brillants, portés par la voix puissante et désespérée de Win Butler; évoquant Bowie et Byrne, Dylan et Springsteen, le chanteur s'est mieux que quiconque définit sur Neon Bible. L'album nous apparaît bien plus que Funeral comme le travail d'un auteur-compositeur au souffle rock et aux sensibilités pop parfaitement affinés; un auteur-compositeur qui s'est « trouvé », sachant se nourrir de ses insécurités pour signer des chansons sincères et survoltées comme Black Mirror ou Windowsill.

Soyons honnêtes: Neon Bible est un authentique classique, un album fondamentalement humain qui transcende les questions de genres ou de modes pour s'inscrire dans la plus pure tradition des grands albums rock. C'est l'oeuvre d'un groupe qui visiblement croit que la musique, à défaut de pouvoir changer le monde, a le pouvoir de changer des vies. Il faut voir le groupe en concert pour saisir l'étendue de cette passion; sur scène, The Arcade Fire semble déjà prêt à conquérir le monde. Gageons que ce n'est qu'une question de temps... (AFR)


:: chanson-clé : my body is a cage

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